Savoir Transmettre

Les travailleurs du savoir, quelle politique pour la formation continue ?
 
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André Sprenger
Journaliste RP (1944-2008)
 
La matière grise est une source de développement. La Suisse pauvre en matières premières a toujours dû faire preuve d’ingéniosité pour survivre et se développer. Espérons que cette volonté d’adaptation est inscrite dans les gènes des Suisses et qu’elle s’implantera vite chez les nouveaux arrivants. Une société organisée a une certaine homogénéité tout en faisant une place à l’innovation, aux nouveautés. La Suisse, malgré tous les reproches émis par certains intellectuels, est un pays d’ouverture avec une forte population étrangère et des courants migratoires qui ont toujours enrichi sa diversité. La formation des adultes est un facteur d’intégration important. La réflexion ci-après est signée André Sprenger, rédacteur de IRO magazine.

La formation des adultes En relançant continûment la sarabande, le monde politiquement correct, aidé en cela par celui de la bien pensance, donne surtout l’impression qu’il a tout compris. Il faut encourager ces ignares à se former continûment. Si nous, politiciens de bas de gamme nous ne le faisons pas qui le fera? Même engoncés dans notre inculture nous nous devons de donner la leçon. Evidemment qu’en ce qui nous concerne, il est inutile de nous former car même si nous le voulions nous ne le pourrions, nos neurones et nos synapses sont totalement incapables d’ingérer quoi que ce soit.

Un discours qui n’est pas porteur. Les adultes qui veulent se former n’ont pas besoin des conseils de ces individus. Enfin, il existe trois catégories de chercheurs en formation: ceux qui se forment pour apprendre, ceux qui se forment pour rester dans la course et ceux qui se forment, conscients que l’on acquiert le savoir tout au long de sa vie.

Mépris et incapacité Dans les entreprises trop souvent on incite les gens à se former mais pourquoi? Certains dirigeants de grandes entreprises, grandes banques ou grandes assurances incitent les gens à se former, mais c’est un prétexte. Bien que les employés soient compétents, ils sont quasiment toujours inadaptés, trop chers, insuffisamment formés ou peu souples. Ces sinistres cadres ne tiennent pas compte de ces efforts puisqu’ils décident du sort de milliers de personnes, uniquement à l’aune de la rentabilité et des dividendes. La liste est longue de ces dirigeants de Bally, Swissair, ABB, Suva, Enron, Rentenanstalt,... des financiers qui après avoir vidé les entreprises de leur substantifique moelle sont partis sous des horizons plus chauds.

Ce que ces individus feignent de ne pas comprendre c’est que des gens bien formés sont plus utiles à une entreprise que des dirigeants obsédés par les bénéfices, à tout le moins pour assurer la pérennité d’une entreprise, si grande qu’elle soit. Et que serait par exemple Novartis uniquement avec son PDG?

La reconnaissance est indispensable Encourager les gens à se former c’est bien, encore faut-il qu’ils y trouvent aussi une motivation et un encouragement. Une situation qui, dans les PME, se pose selon un axe différent. Les responsables de PME savent que sans des collaborateurs bien formés leur entreprise est difficilement viable. Il en va de même pour une entreprise qui n’a pas des collaborateurs stables. C’est un signe de mauvaise ambiance. Changer trop souvent le personnel c’est aussi la mémoire de l’entreprise qui se délite.
Enfin, il faut encourager les gens qui disposent de peu de moyens car les chiffres sont formels, moins les gens sont formés, moins ils se forment. Alors pourquoi par exemple ne pas constituer un fond qui serait partiellement alimenté par les entreprises plus fortes financièrement, pour aider les gens à se former?

Quoique que l’on fasse, on se lasse de tout, sauf d’apprendre. Les hommes qui voudront se former le feront coûte que coûte.
Et comme le chantait Jean Gabin: «Je sais qu’on ne sait jamais, mais ça je le sais».
 
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